Trappelune

Cailloux

1 Joce song

Un chat qui funambulait
S'envole sans préambule,
Voyez-vous ça ?
Un essaim d'algues a l'air
De s'faire bronzer les seins à l'air
Ouais l'essaim a l'air
Et ce plateau des cerfs
Toutes cornes dehors
Qui timides se serrent
Sur le divan au son du cors
Et Joce c'est nécessaire
A deux doigts de leur nez se sert
Encore un p'tit verre,
Encore un p'tit verre

Des poules en ambulance
Qui veulent bien avoir l'obligeance,
Voyez-vous ça ?
Trois p'tits caniches élégants
Qui trompent les biches et les faons
Sans défense
Et dans son aquarium,
Sous sa tente stalactite
Le roi des hyppos campe
Qui voulait voir la mère des truites
Et Joce un peu livide
Vautré sur son lit vide
Encore un p'tit verre,
Encore un p'tit verre

La belle sœur d'une abeille
Qui se taperait bien une autre ruche
Voyez-vous ça ?
La peur que demain le veille
Ce soit machin ou bien truc Muche
Et là la chorale
Des p'tits chanteurs de la croix d'bois
Qui veut encore all-
-er voir s'il reste des notes au fond des bois
Et Joce, est-ce un tord,
Change ses boules Quiès et torche
Encore un p'tit verre,
Encore un p'tit verre

2 N'est né nez qui n'ose

Les Nez sont ainsi fort judicieusement nommés
A cause de la taille du leur,
Énorme !
Il peut peser jusqu'à trois fois le poids de l'individu entier

Qui s'étonnera alors
De les voir champions du monde en rhume des foins l'été,
Personne,
Et puis aussi champions d' bourre-pifs,
Boules puantes et mouchoirs en papier

N'allez pourtant pas croire,
Qu'être nez quelque part
Soit une sinécure, Que non !
Ils voient pas plus loin que le bout du leur,
Faut voir le prix des montures

J'ai un problème, j'ai épousé un Nez
Qui jamais ne me sort
Comment sortir avec un Nez
Sans mettre le Nez dehors ?

Depuis qu' j' suis tombé nez à lui
Il me mène par le bout du mien
Pourtant au début j'ai bien cru
Qu'avec lui on se sentirait bien

Quand je lui fais du pied,
Il me fait des pieds d' Nez
Car mon Nez pine du pied,
Et c'est un Nez talon !
Pour pas être emmerdé
J'aurais dû épouser un Nez tronc !

Les Nez sont ainsi fort judicieusement nommés
A cause de la taille du leur,
Énorme !
A leur tirer les vers, on peut gâcher une vie entière

3 Ascenseur

J'ai pris mon courage à deux mains,
J'ai pris les devants,
J'ai pris rendez-vous à demain,
Oh oui à demain deux heures
Tic tac c'est demain …

J'ai pris le bus métro tard
J'ai pris le taxi
J'ai pris par les boulevards
Ho, j'ai pris les boules voir
Tous ces putains d'embouteillages !

J'ai pris l'ascenseur en marche
Au bout du couloir
J'ai pris la peine d'entrer
J'ai pris plaisir à te revoir

Tout comptes faits à tout prendre
J'ai pas envie d' te rendre …

J' t'ai pris par les souvenirs,
Paf, t'as pris la mouche !
J'ai pris le parti d'en rire …

J'ai pris les nouvelles du jour,
J'ai pris un whisky
J'ai pris mille détours
Avant d'prendre ta main dans le noir,
Et là Paf ! j'ai pris ta main dans la poire

J'ai pris l'ascenseur en marche
Au au fond du couloir,
J'ai pris mes jambes à mon cou,
J'ai pris une cuite à plus en pouvoir

Tour comptes faits à tout prendre
J'ai pas envie de rendre
Oh non pas vomir !

Mon problème c'est quoi ?
Ben mon problème c'est :
Depuis qu' j'ai pris de toi
Moi je épris de toi
Depuis qu'ai pris deux doigts de toi
Moi je épris de toi

4 Pas taf

Monsieur le Directeur,
J'aime beaucoup c' que vous faites,
Et même j'adore l'odeur qui plane dans vos ateliers
Hum, la graisse à boulons !
J'ai des diplômes, plein mon V.C.
C'est dire si j' me suis spécialisé
Dans tous les domaines
J'aimerais tellement être des vôtres,
En faire mon métier
Monsieur le Directeur,
Veuillez agréer yé !

Monsieur, vraiment,
Nous sommes extrêmement flattés,
Du vibrant intérêt que vous nous portez
Nous conservons bien sûr votre C.V.
Qui nous a vivement interpellé
Croyez que nous sommes au regret
Etr fortement chagrinés
Monsieur de devoir
Vous envoyer chier yé !

Ben ouais mais …
Moi qu'est-ce que j'vais faire, de ma peau ?

Monsieur le Directeur,
J' me permets d'insister
Car j'ai un oncle qui travaille à vos côtés
Depuis des années
Il vous dira mes compétences
Et nombreuses qualités
Dont je n'ai qu'une hâte,
c'est vous faire profiter
Ensemble nous ferons
Rebondir votre société
Monsieur le Directeur
Veuillez agréer yé !

Monsieur, vraiment
Nous sommes très très très étonnés
Que vous et votre oncle
Ayez l'air aussi mal informés
Les ateliers de montage seront bientôt délocalisés
C'est la rançon d'la compétitivité
Faire bosser les niakoués
Le brave tonton Bébert sera gentiment compressé
Salutations distinguées …

Ben ouais mais …
Moi qu'est-ce que j'vais faire, de ma peau ?

5 Dessi

Et si c'était le dernier train
Et si l'on payait tout demain
Et si c'était la Saint Glin-glin
De toutes nos vérités en plastique
De chez mon Prisunic
En face

Et si c'était à refaire,
Et si l'on marchait à l'envers
Et si Dieu n'était qu'un p'tit pois
Et si l'enfer était en bois
De platane de chez mon petit square
En face

Et si et si et si et si
L'on mettait Paris en bouteille
Le périf serait-il bouché
Et si et si et si et si
A l'heure où Paris s'embouteille
Un traversin dans chaque oreille
On retournait se coucher ?

Et si l'argent faisait l'bonheur
Si y' avais plus d'panne d'ascenseur
Et si pour palper notre salaire
On faisait marner les p'tits hommes verts
De chez la planète Mars
En face

Et si nos corps étaient moins lourds
S'il suffisait pour faire l'amour
D'ouvrir nos ailes de poisson
Pour se poser sur le balcon
Galactique de chez Marie Cécile
En face

Et si et si et si et si
L'on mettait Paris en bouteille
Serait-elle millésimée ?
Et si et si et si et si
A l'heure qu'il pleut des tours Eiffel
Du soleil humide entre les orteils
On se servait un évier
De whisky sec

Si finalement l'argent du beurre
Avait comme une drôle d'odeur
De camembert asticoté
A maître Renard allécher
Mais si le corbeau en retard
Posait un lapin au renard
Et que ce lapin prévenu
Se fasse doubler par sa Tortue
Si la tortue à jouer bien
Se donnait un mal de chien
Et que ce chien à carapace
Cognait la caravane qui passe
Forçant un chameau en guenilles
A passer par l'trou d'une aiguille
Égarée dans une meule de foin
Tout ça pourrait nous mener loin
Eh, faites gaffe quand même
Tout ça pourrait nous mener loin
Attendez voir que j'calcule
Voyons si j' vous pose deux
Vaudrait mieux retenir trois
J'aurais aussi bien pu poser nu
Mais là j' vous retiens plus
Voilà voilà j'arrive
Mais oui mais oui, c'est ça
On finira tous au paradis
A tricoter des spaghettis
On finira tous au paradis
A tripoter des raviolis
Tant mieux

6 Cailloux

Il y a des cailloux qui respirent
Sournoisement,
Pas tout le monde ne le sait
Évidemment, ils sont tellement nombreux,
Qu'on ne les compte même plus,
On ne compte plus sur eux
Milliards de milliards de milliards de milliers
Tellement si nombreux qu'à force j' te jure
Par tas
Ils vivent par tas
Des tas de cailloux

Milliards de milliards de milliards de milliers
A force ça fait désordre
Ces monticules énormes
Allez donc repérer sous ces montagnes grises
S'il n'y en aurait pas un,
Par hasard,
Qui respire

Milliards de milliards de milliards de milliers …

D'ailleurs ils respirent tous
Là n'est pas mon propos
Car il y a des cailloux qui pensent
Et oui Monsieur, c'est comme j' vous l'dit
Des cailloux qui pensent
Sauf que là, Monsieur,
Très peu de gens le savent …

Mais cette fois, pas d'histoire
Ce ne peut être tous !
Tous les cailloux qui pensent,
On serait au courant
Non, quand même !

C'est que nous, voyez, des cailloux
On en croise tous les jours
On construit nos maisons avec
Et puis nos routes
Et puis aussi nos trottoirs
On fait des ponts avec,
Et on les jette des ponts
Que ça fasse plouf
Des ronds dans l'eau
Puis souvent encore
On les ricoche sur l'eau calme de l'étang
Pour faire passer le temps

Et puis on s'énerve,
Et on cogne dedans
On les cogne l'un sur l'autre
Triture,
Malaxe,
Concasse,
Marche,
Marche dessus …

On marche tous les jours
Sur des cailloux qui pensent …
Pas exprès
On savait pas
On les écrabouille de nos godasses sales !

Mais que sont ces quelques agonies
Capsules broyées par nos lourdeurs
Au regard des plaines infinies
Où leurs songes se mêlent aux fleurs ?

Et les cailloux, impassibles, songent
Et leurs songes, lentement
S'écoulent à gouttes épaisses
Cristallisent avec le vent,
Et s'envolent !
Billes d'ivresse
Se mêlent à tous les tourbillons,
Philosophies, Opinions
Fine limaille affutée
S'insinuent dans nos conversations
Poussière de sagesse grise
Arrachée aux siècles des siècles des siècles
De méditation

Alors les cailloux ricanent
Ricanent à gorge déployée
Car le monde ensablé est redevenu leur
Car nos cerveaux, encailloutés, sont redevenus leurs
Et leurs rires, surgis énormes
Hors de cavernes aux crocs de marbre
Colorent le vent qui pleure
D'un parfum de folie sonore

7 Boundary Bellow

Laisse moi te guider
Vers Boundary Bellow
Laisse toi glisser
Dans le sillage du corbeau
Oublie ton corps
De gesticulante poupée
Les dernières traces de remord
Seront bien vite évaporées
Ne sois que plume légère
Et cercle de fumée bleutée
Alors mes essaims d'éphémères
Pourront venir et t'emporter
Ferme les yeux
Oublie les couleurs du passé
Cherche dans les gris du soir
Les dernières teintes à décliner

Là tu te glisses déjà
Par la serrure du donjon
Entends-tu l'echo des voix
Montant d'oubliettes sans fond ?
Prends garde aux voiles
Ornant les ogives croisées
Ce ne sont que pièges gluants
Tendus par veuve l'araignée
Évite les miroirs
Ces pacotilles ébréchées
Si tu croises ton propre regard
Il pourrait bien te foudroyer
Monte dans la spirale
Sans jamais te retourner
L'œil cyclope de la mygale
Ne pourra t'hypnotiser
Laisse moi te guider
Vers Boundary Bellow

Vois rebondir au loin
Ces hordes de cybornes en cloque
Jette leur pour les distraire
Quelques grenouilles ventriloques
Embrasse la chimère
Mais surtout ne va pas gouter
Son brouet d'amanites amères
Et de lépiotes helvéolées
Sept fois tu dois sourire
A l'hydre roi des marécages
Alors ses délicates ondines
Te dévoileront le passage
Entre galets fumants
Et stalactites aiguisées
Ton âme de mécréant
Saura bien se faufiler

Avance, avance,
Ne te laisse donc pas distraire
Ce ne sont là par terre
Que quelques vipères envoûtées

Allons, mortel, courage !
Et surtout couvre ton visage
Ne vois tu donc là dans leur cage
Ces moignons de pestiférés

Avance, avance,
Et laisse moi te présenter
Le gardien de cette frontière
Le maître de l'autre côté
Satan, un pote d'enfer !

8 Blanche Neige

J'ai connu un nain
Qu'on appelait « hé, Vendredi ! »
Même qu'un jour il mit le feu
Jusqu'à l' « ID » de son prénom
Ce fut un nain sans « DI » terrible

J'ai connu un nain
Soyeux et agréable à caresser
Je sais ça semble étrange
Faut dire qu'il était étranger
C'était un nain doux
Vous allez me dire une nain d'où ça ?

J'ai connu un nain
Qui faisait croire aux autres qu'il était Dieu
Faut dire qu'il avait six pattes
Et des ailes sur le dos
C'était un nain secte

J'ai connu un nain,
C'était une statue dans une église
On lui brûlait des cierges
Mais lui c'est pas ça qu'il voulait
C'était un nain qu'on prie

Jai connu un nain
Noir et blanc
Plumé, qui jacassait tout l'temps
Mais fallait pas lui parler
Ni religion ni couvent
C'était un nain pie

J'ai connu un nain
Qu'avait les crocs et s'empiffrait
De toute la bouffe qu'on lui donnait
Mais qui jamais ne remerciait
C'était un nain gras

J'ai connu un nain
Au contraire
Sans aucune aspérité
C'est p' t-être pour ça que mon dentiste
Me l'avait couronné
C'était un nain plan

Tiens, puis qu'on parle dentiste
J'ai connu un nain
Qui n'avait que sept dents
Un jour on en est venus aux mains
J'y ai niqué une pré-molaire
Ce fut un nain six dents fâcheux

Ben tiens puisqu'on parle dents
J'ai connu un nain
Qui était charpentier
Mais il savait jamais avec quelle scie
Fallait qu'il coupe son morceau d'bois
C'était un nain des scies

Un autre nain que j'ai bien connu
Pendouillait dans un stand de tir
Pourtant je suis pris au dépourvu
Dès que j'essaye de le décrire
C'était un nain dit cible

J'ai connu un nain
Avec la queue en tire bouchon
Il était arrivé en France
Dans une malle par avion
C'était un nain porc

J'ai connu un nain
Qui travaillait à l'hôpital
A force de gratter comme un fou
Il avait le trognon tout pâle
C'était un nain terne

J'ai connu un autre nain
En sport il était super fort
Il s'était fait tatouer
La date de tous ses trophées
C'était un nain primé

Et puis j'ai connu un autre nain
C'était une naine

Non, sans rire,
Celui que j'ai le mieux connu
C'est celui qu'on appelait « Hé, Vendre ! »
Un jour il mit le feu jusqu'au « R.D. de son prénom
Ce ne fut plus qu'un nain sans « DR »
Plus que des cendres froides
Des cendres, des cendres
Descendre, descendre

Trappelune
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